mercredi 25 novembre 2009

Transat Jacques Vabre / MIKE GOLDING YACHT RACING, TROISIÈME IMOCA A AVOIR COUPE LA LIGNE D'ARRIVEE


Certaines heures peuvent paraître parfois plus longues qu'à l'ordinaire… Les derniers milles de Mike Golding et Javier Sanso (Mike Golding Yacht Racing) ont dû paraître une éternité aux deux navigateurs englués dans des calmes à quelques milles de la ligne d'arrivée. Mais l'honneur est sauf, ils ont résisté jusqu'au bout aux velléités du tandem Michel Desjoyeaux – Jérémie Beyou (Foncia) qui, jusqu'au bout se sera battu pour accrocher le podium, histoire de ne rien regretter.



© MOCHET Marcel / AFP

On devrait infliger, aux navigateurs frustrés de ne pouvoir accéder sur le podium, la lecture obligatoire d'Alice au Pays des Merveilles. Ou du moins, celle du chapitre où la jeune fille fait la rencontre de cet animal à longues, grandes et bonnes oreilles, vêtu de sa redingote rouge, qui arpente les chemins à grande vitesse, consultant sa montre oignon et ressassant : « je suis en retard, je suis en retard… ». Sans pour autant envisager une seule seconde de changer sa course pour le moins chaotique. Car il faut une bonne dose de fatalisme, quand on est compétiteur de haut niveau, pour se satisfaire d'une place en deçà des objectifs que l'on s'était fixés. Faute de pouvoir rattraper le temps perdu, on essaye de se fixer des objectifs intermédiaires, on relativise la frustration naissante en pensant aux bons moments du retour à terre : les copains sur le quai, la première gorgée de bière, les draps secs pour un premier sommeil réparateur… Même si, bien souvent, le coucher est repoussé d'heure en heure, parce qu'on n'en a jamais fini de dérouler le fil de la traversée, des options qu'on a prises, de celles qu'on aurait dû prendre, des « si jamais » qui vous changent la face d'une course. C'est bien connu, cette manie qu'ont toujours les marins de vouloir faire des phrases…


© MOCHET Marcel / AFP
Un temps pour tout
Mais avant de basculer doucement du mode course à celui des retrouvailles, il faut encore, pour tous ceux qui restent en mer, continuer de trouver les ressorts qui feront que l'on n'aura rien à regretter, non du résultat, mais de la manière… Naviguer en course, c'est faire des choix dont on ne sait pas toujours s'ils seront les bons, c'est la règle du jeu. Mais l'essentiel, c'est de pouvoir se dire à l'arrivée que le travail a été fait conformément au niveau d'exigence que l'on s'est fixé. C'est, d'une certaine manière, ce qui a permis à Mike Golding et Javier Sanso d'accrocher ce podium devant un plateau d'une qualité exceptionnelle. Malgré de nombreux handicaps, les deux hommes ont su forcer le destin au bon moment : une préparation tardive, des soucis techniques récurrents les ont amenés à puiser dans leurs réserves. C'est à la sortie du fort coup de vent qui a cueilli la flotte au large des Açores, que le tandem a réalisé qu'il y avait un coup à jouer. Eprouvés par les conditions dantesques qui ont mis au tapis plusieurs de leurs concurrents, persuadés qu'ils avaient été lâchés, Mike et Javier ont réalisé qu'ils n'étaient en fait qu'à une quinzaine de milles de Safran, nouveau leader de la course. Dès lors, tout redevenait possible, à condition de savoir « se faire mal »… Aussitôt dit, aussitôt fait, ils ont choisi de faire abstraction de tous leurs soucis techniques : en navigant « à l'ancienne », ils ont fait de cette troisième place une sorte de quête obsessionnelle. On savait Mike Golding, dur au mal, talentueux… Il le démontre une fois de plus et justifie sa réputation de porte-drapeau des espoirs britanniques dans une course au large. Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou devraient, quant à eux, couper la ligne aux alentours de 21 heures (GMT+1). Auteurs d'une option sud dictée par la volonté de ne pas se jeter dans la gueule du loup, ils n'ont pas été payés de retour… Leur quatrième place après avoir compté plusieurs centaines de milles de retard sur le trio de tête, pour décevante qu'elle puisse paraître en apparence, est pourtant la démonstration du formidable talent de ces deux marins qui ont pu encore espérer tutoyer les étoiles. Malheureusement, le temps perdu ne se rattrape guère.

Mike Golding Yacht Racing, le monocoque Imoca skippé par Mike Golding et Javier Sanso a passé la ligne d'arrivée à Puerto Limon en troisième position de la Transat Jacques Vabre 2009, à 8 heures 59 minutes et 38 secondes (heure locale) soit 15 heures 59 minutes et 38 secondes (heure française). Son temps de course est de 17 jours 1 heure 29 minutes et 38 secondes à la vitesse moyenne de 11,54 noeuds. Mike Golging Yacht Racing est arrivé au Costa Rica 1 jour 6 heures 7 minutes et 28 secondes après le premier monocoque.

Source : Transat Jacques Vabre

Transat Jacques Vabre / De Pavant et Gabart reviennent sur leur course (vidéo)

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Transat Jacques Vabre / Safran vainqueur de la Transat Jacques Vabre : Chronologie d’une victoire

5 263 milles réellement parcourus, soit 533 milles de plus que la distance théorique de cette Transat. La trajectoire a été superbe et c’est à l’impressionnante vitesse moyenne de 12,46 nœuds que le trio Safran – Guillemot - Caudrelier Benac a emporté cette victoire désirée de bout en bout par Groupe Bel. Retour sur un parcours gagnant.



Crédit : M.Mochet / AFP
Dimanche 8 novembre
14h30 : le coup de canon libérateur est donné du Havre pour les 14 monocoques engagés dans la Transat Jacques Vabre direction le Costa Rica.

Lundi 9 novembre
La Manche a été avalée d’un trait sous gennaker ou sous solent, par un vent de nord qui a soufflé jusqu’à 30 nœuds. La grande histoire du jour est la traversée d’une dorsale anticyclonique, mais c’est surtout l’heure du premier et plus important choix stratégique de la course. Dans la nuit, Foncia est le leader d’un groupe qui met cap au sud. BT est premier, il choisit une route ouest, tout comme Safran et quelques autres. Le lendemain, la flotte des 14 concurrents est scindée en deux groupes presque égaux.

Jeudi 12 novembre
A la mi-journée, Safran s’empare de la pole position au détriment de BT. Il ne la lâchera plus… Depuis 48 heures, les passages de front se succèdent, l’anémomètre descend rarement en dessous des 30 nœuds, la mer est démontée. Le lendemain matin, Marc et Charles ont accentué leur avance sur l’ensemble de leurs poursuivants alors qu’il y a 55 nœuds établis. Une déferlante aura raison de la solidité de BT, avec un équipage heureusement hélitreuillé rapidement. Lors de la conférence de presse d’arrivée, Marc dira : « Avec Charles, nous avions la maturité suffisante pour aller chercher cette grosse dépression et en Safran, nous avions toute confiance ».

Dimanche 15 novembre
La jonction avec l’alizé est faite, le mauvais temps est derrière, tout comme l’ensemble de la flotte. Les sudistes payent l’addition de leur option : 300 milles de retard pour le premier d’entre eux, Foncia. Ils ne sont plus que deux à s’accrocher au sillage de Safran : Groupe Bel est à 20 milles, Mike Golding Yacht Racing à 30. Après une première semaine passée principalement au près serré, une course de vitesse pure, au portant, commence.

Vendredi 20 novembre
Marc et Charles entrent en mer des Caraïbes après 11 jours et 18 heures alors que le jour n’est pas encore levé de ce côté de l’Atlantique. Le passage dans le canal des Saintes, entre Guadeloupe et Dominique, ne sera pas de tous repos. Empannages et grains puissants compliquent la tâche. Dans la bataille, le grand spi blanc rendra l’âme, ce sera la seule avarie majeure de toute la course. En fin de journée, le bilan reste néanmoins positif : Groupe Bel est toujours relégué à 50 milles. Mike Golding Yacht Racing a depuis longtemps décroché et le clan des sudistes, toujours emmené par Foncia, est à plus de 500 milles.


Crédit : JM Liot
Lundi 23 novembre
La pointe nord du Venezuela a été contournée à plus de 18 nœuds de moyenne, avec pas moins de six empannages à la clé. A une telle vitesse, la navigation ne peut être reposante et le stress, lié à une possible casse, est permanent. Mais le résultat est là : Groupe Bel pointe au classement de 8 heures à 90 milles de Safran, l’arrivée est à moins de 200 milles. Juste après débute une impitoyable partie de cache-cache alors que l’alizé n’est plus qu’un souffle parsemé de grains sous un ciel zébré d’éclairs. Les deux possibles vainqueurs ont déclenché le mode furtif, histoire de mettre un peu plus les nerfs à rude épreuve.

Mardi 24 novembre
L’attente à terre est longue, en mer, cela tourne presque au supplice. Quand Safran coupe dans la nuit noire la ligne d’arrivée, les premiers mots de Marc résumeront à eux seuls les 15 jours et 19 heures passés en mer. « On est épuisé, je ne me suis jamais autant donné sur une course ». Charles, lui, aura ses mots. « Je savais que Safran était un bateau exceptionnel. On a réussi à être à sa hauteur ».

Source : Safran

Record / Début de chantier à Cape Town (Vidéo)

Profitant des moyens techniques de la base Shosholoza (engagée dans la 32ème édition de la Coupe de l'América), Pierre Tissier, Sandy Blanalt, Sarah Lynch et Eric Beylot oeuvrent dans le flotteur bâbord de Groupama 3.




Source : Groupama

Transat Jacques Vabre / Mich'Desj et Beyou invisibles mais pas muets...

L’arrivée, c’est pour aujourd’hui ! Mais depuis mardi matin, FONCIA est passé en mode ‘furtif’, impossible donc de savoir où en sont exactement Michel et Jérémie par rapport au 3e Mike Golding et par rapport à la ligne d’arrivée costaricaine. Les deux hommes seront invisibles dans les classements et sur la cartographie de la Transat Jacques Vabre jusqu’à 11 heures ce matin. Histoire d’entretenir le suspense en ce dernier jour de course. Invisibles mais pas muets puisque nous avons pu converser hier soir avec un Michel très en forme... Extraits


© Michel Desjoyeaux / Team FONCIA

Furtivité…
« On aurait presque aimé être furtifs depuis plus longtemps. Peut-être que si Mike (Golding) ne nous avait pas vu aller comme des avions en mer des Caraïbes, je pense qu’on aurait pu faire le tour de la paroisse ! On marchait à 18 nœuds presque tout le temps, lui, avec moins de vent, était toujours plus lent et là, je crois qu’il s’est réveillé. A un moment de la course, on s’était dit qu’on n’utiliserait pas ce jocker. Mais vu les circonstances, le jeu en valait la peine. Nous avons choisi de faire le black out, mais c’est plus par jeu que par ruse. »

Rythme…
« On essaye de tenir la cadence. Mais il faut être vigilant. Mardi après-midi, on a quand même fait trois empannages pour éviter des grains à 35 nœuds. Nous sommes sous grand spi alors nous faisons attention. On est tout le temps à la barre, mais sans déraison. Là (mardi à 22h30, heure française), nous avons entre 20 et 22 nœuds de nord-est, on trace tranquille à 15/18 nœuds. »

Des coups à faire jusqu’à la ligne…
« Je pense que mercredi matin, nous serons à moins de 100 milles de Mike Golding. Peut-être 75. Et je pense que lui aussi devrait passer en mode furtif. Il y a des petits airs à l’arrivée, pire que mardi (Safran et Groupe Bel avaient été ralentis avant de franchir la ligne, ndr), on va donc jouer avec ça. »

Le moral des troupes
« Ca va nickel, on parle de tout, on blague et on se prépare à faire le grand ménage. Par contre, avec l’humidité, la chaleur et le sel, j’ai les jambes couvertes de boutons. Après chaque période de barre sur le pont, je suis obligé de me rincer à l’eau douce… Vivement la douche ! »

ETA
«Pour notre arrivée, j’ai donné une fourchette entre 15h00 et 22h00 TU »

Source : Foncia

mardi 24 novembre 2009

Transat Jacques Vabre / De Pavant et Gabart racontent

Sitôt arrivés, Kito de Pavant et François Gabart se sont prêtés au jeu de la conférence de presse pour un moment chargé en sourire et en bonne humeur. Extraits


Kito de Pavant : « Je suis très très fier d’arriver second derrière Marc Guillemot et Charles Caudrelier Bénac. Ils ont été excellents du début à la fin. Ils n’ont pas fait d’erreur et ont eu une trajectoire magnifique. Ils ont surtout un super bateau. Je peux le dire parce qu’on a un bateau semblable. Ils ont fait peu d’erreurs. Si on arrive derrière eux c’est qu’on en a fait un peu plus.

C’est bien de partir avec des jeunes pousses du Figaro mais il ne faut pas partir avec n’importe qui. J’ai fait le bon choix un bon chois, François a été fantastique. Il a été impérial de bout en bout. Il a démontré qu’il avait beaucoup de talent et il n’a pas fini de nous en montrer dans les années à venir. Il a exécuté avec beaucoup de talent tout ce que je lui demandais.


© MOCHET Marcel / AFP

François Gabart : « Ce qui est sûr c’est que j’ai eu beaucoup de plaisir de naviguer avec Kito. C’est très agréable de naviguer avec quelqu’un d’expérience quand on arrive dans des endroits comme la mer de Caraïbes ; j’avais l’impression que c’était son jardin. On se complétait très bien, avec des approches différentes et complémentaires. Humainement ça a été un régal. J’apprécie beaucoup Kito et c’est vraiment un plaisir d’être avec lui.

Kito de Pavant : « J’ai trouvé que l’Atlantique était particulièrement difficile. On a pris d’autant plus de plaisir à partager ces moments par l’intermédiaire de nos écrits. Pour nous c’était agréable et un vrai échappatoire que d’envoyer des messages à terre.
« Je crois qu’aujourd’hui c’est la journée de Vincent Lauriot Prévost avec les trois bateaux qu’il a dessiné aux premières places. En Imoca Guillaume Verdier et Vincent ont produit des supers bateaux. Quand on s’est lancé dans la construction de Groupe Bel, le choix de ces architectes était audacieux parce qu’ils n’avaient pas d’expérience commune en la matière. . On partait d’une page blanche et aujourd’hui on colore le port de Puerto Limon avec ces beaux bateaux.

François Gabart : « Les bateaux sont sacrément solides et si parfois ça casse c’est qu’on va dans des endroits pas vraiment raisonnables. Ce démâtage sur le Vendée Globe pour Kito n’était pas loin derrière. Ca se sentait et il y avait pas mal de stress quand on a abordé la dépression. Aujourd’hui ça soulage beaucoup de monde que le bateau soit là, en entier, sans aucun souci. Il y a une équipe technique qui a fait un très gros travail derrière. Pour moi qui n’ait fait que naviguer sur le bateau, leur travail a été un régal.
« Je suis ouvert pour avoir mon bateau à moi ! Je ne le cache pas et le dit déjà depuis pas mal de temps. J’ai toujours dit que le Vendée Globe me faisait rêver. Le plus vite ça arrivera, mieux ce sera. Je me régale à bord de ces bateaux. Les navigations à bord sont très complètes, il y a plein de choses à penser. J’espère vraiment embêter Kito le plus tôt possible ».

Kito de Pavant : « je pense que François va très vite faire son trou dans ce petit milieu. Il a fait une entrée fracassante en Figaro et à chaque fois qu’il touche quelque chose, c’est la victoire à la clé. C’est pas mal pour un petit jeune et on n’a pas fini d’entendre parler de lui ! »

Source : Transat Jacques Vabre